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Notice
TitleDocuments pour servir à l’histoire du Mousquetaire
AuteurClaude Schopp
Date2009
Text

 

 

Fondation

 

 

 

Le Mousquetaire se bâtit sur des ruines : ruines du roman, puisque le « roman de sa vie », Isaac Laquedem, commencé en décembre 1852 a été arrêté par le pouvoir ; ruines du théâtre, puisque La Jeunesse de Louis XIV, reçue par la Comédie-Française et mise en répétition a été également arrêtée par Fould, ministre de l’Intérieur, pour cause d’allusion au mariage de l’empereur Napoléon III; ruines également des Mémoires que La Presse de Girardin songe à interrompre, ce qui engage Dumas à envisager un autre support de publication. Alexandre Dumas arrive le 8 octobre 1853 à Paris.

 

Deux lettres, la première à Marie Dumas, du 23 octobre, la seconde à Victor Hugo, du 7 novembre (alors que Dumas a regagné Bruxelles) évoquent clairement les premières causes et les premiers enjeux de la fondation du journal.

 

Il écrit à sa fille, Marie Dumas[1] :

 

[Paris, 23 octobre 1853]

 


 

Je commence par te dire, mon cher petit, que malgré mon absence prolongée tout va bien.

 

C’est même pour que tout continue de bien aller et aille encore mieux, si c’est possible, que je reste.

 

J’ai rejoint Mr de Belleyme[2] à Blois, il me donnera mercredi[3] prochain mon référé qui complètera le paiement que j’ai à faire. Les Mémoires  sont arrêtés mais vont reparaître sous une nouvelle forme.

 

Il faudrait faire mettre cette note dans L’Indépendance :

 

“Les Mémoires  d’Alexandre Dumas vont cesser de paraître dans La Presse ; un avertissement officieux ayant été donné à Mr de Girardin[4] par Mr Collet-Mégret, chef de la censure[5].”[6]

 

Louis XV est définitivement arrêté par l’empereur lui-même mais j’ai l’autorisation de publier la pièce. Maintenant comme elle ne sera pas jouée à Paris, c’est à discuter si nous ne pourrions pas la faire jouer à Saint-Hubert concurremment avec La Jeunesse de Louis XIV au Vaudeville, je crois que l’un ferait faire de l’argent à l’autre.

 

Tu as dû recevoir les trois derniers actes.

 

Ecris un mot à Esquiros; demande-lui s’il a travaillé, s’il peut m’envoyer poste pour poste une vingtaine de pages de copie[7].

 

L’affaire Lévy est reprise, elle vient devant Belleyme et se présente dans des conditions plus favorables que la première fois.

 

Je t’embrasse bien tendrement et mets 100 f. aux Messageries de peur que vous ne soyez pas trop sans le sou.

 

À toi, ma bien chérie.

 

Alex.

 


 

Autographe, BNF, n.a.fr. 14 669, f. 213. Publication :  Alexandre Dumas. Mes Mémoires. Préface de Claude Schopp. Correspondance. Robert Laffont, 1989 (Bouquins), p. LI.

 

 

 

À Victor Hugo

 

[Bruxelles, 7 novembre 1853].

 

Mon bon et bien cher Victor,

 

Je ne sais en vérité comment vous remercier de vos remerciemens. Ce que j’écris sur votre talent est ce que depuis que je vous lis j’ai dans l’esprit -- ce que j’écris sur vous-même c’est ce que depuis que je vous connais j’ai dans le coeur[8]

 

Tout cela se fait jour -- Ce n’est point ma faute - Il ne faut ni m’en vouloir ni m’en remercier.

 

Vous savez que mes Mémoires sont arrêtés mais comme on ne veut pas le dire hautement - on pèse sur Girardin et Girardin m’écrit qu’il ne peut pas les continuer.

 

Je vais faire un journal pour les mettre au pied du mur, nous verrons si on l’arrêtera. Oh que je voudrais avoir huit jours -- Comme je partirais, comme j’irais vous voir, vous serrer la main vous embrasser -- Cela me manque bien je vous le jure -- Vous êtes l’Ethna vous -- et je ne suis moi que Stromboli.

 

Tout le monde se porte bien chez vous j’espère -- à propos j’ai reçu votre magnifique photographie.

 

Je vous embrasse des millions de fois mon ami -- et je vous quitte pour écrire pour la millième fois votre nom.

 

J’ai l’autre jour été mettre le mien sur une petite maison du faubourg St-Jean à Blois.

 

À vous dans ce monde et je l’espère bien dans l’autre.

 

Alex. Dumas.

 

 

 

Autographe : Maison Victor Hugo, 1233 ; à  la suite d’une lettre de Parfait, 5 novembre 1853. Il semble que Dumas ne soit arrivé à Bruxelles que le 7 novembre.

 

Publication : Cl. Schopp, “Documents pour l’histoire d’une amitié”, Cahiers Alexandre Dumas, n°14, 1985, p. 57; Alexandre Dumas. Mes Mémoires. Préface de Claude Schopp. Correspondance. Robert Laffont, 1989 (Bouquins), p. LI-LII.

 

 

 

Propriétaires, tirages.

 

Le dossier du Mousquetaire aux Archives nationales (F-18-389) ne contient que trois documents, précieux pour saisir les différentes phases du journal.

 

 

 

I.

 

Ministère de l’Intérieur

 

Direction de l’Imprimerie,

 

De la Librairie et de la Presse.

 

1er Bureau

 

Imprimerie et Librairie

 

Paris, le 8 novembre 1853.

 

 

 

Le Ministre Secrétaire d’État au Département de l’Intérieur (barré : la police générale) a l’honneur d’informer Monsieur le Procureur impérial que M. Alexandre Dumas, homme de lettres, demeurant à Paris, rue Neuve-des-Mathurins, n°65.

 

a déclaré au Ministère de l’Intérieur (barré : la police générale) le 8 novembre 1853, en exécution du dernier paragraphe de l’article 6 de la loi du 18 juillet 1828, avoir l’intention de publier un écrit périodique étranger aux matières politiques et d’économie sociale, intitulé :

 

Le Mousquetaire[9]

 

lequel paraîtra tous les jours

 

et sera imprimé chez le Sr Brière

 

à Paris

 

Acte a été donné de cette déclaration.

En marge :

 

Avis

 

De la publication d’un nouveau journal

 

5364

 

 

 

II.

 

Ministère de l’Intérieur

 

Vente du journal

 

Le Mousquetaire.

 

Paris, le 17 novembre 1854.

 

Monsieur le Directeur général,

 

Faute d’argent pour l’exploiter par lui-même, M. Alexandre Dumas a vendu le journal[10] Le Mousquetaire, créé par lui, il y a quelques mois et dont le tirage, précédemment porté à près de 7,000 exemplaires, est descendu aujourd’hui à 3,600.

 

C’est M. Boulé, ancien imprimeur et fort connu parmi les faiseurs de Paris, qui est l’acquéreur de cette publication dont M. Dumas conservera la rédaction principale.

 

Les clauses et le chiffre de la cession ne sont pas encore connus.

 

Je suis avec respect, Monsieur le Directeur général, votre humble serviteur,

 

Le commissaire Inspecteur de la Librairie

 

Gaillard.

 

 

 

III.

 

Ministère de l’Intérieur

 

Direction générale

 

de la

 

Sûreté publique.

 

Paris, le 5/7 mars 1856.

 

Monsieur le Directeur général,

 

Le journal, Le Mousquetaire dont le tirage était descendu à 1, 200 exemplaires, a été acheté il y a déjà plusieurs jours par le Sr Cadot, libraire, récemment condamné pour outrages aux bonnes mœurs par la publication des Filles de Plâtre[11].

 

M. Alexandre Dumas père qui l’a vendu ne conserve plus que sa rédaction minimale avec droit d’y faire figurer des réclames personnelles.

 

Toutefois les frais de publication du Mousquetaire paraissent déjà onéreux au Sr Cadot et il est à croire qu’il s’en défera aussitôt que les démarches très vives de M. Alexandre Dumas fils en sa faveur, pour obtenir remise de sa peine, auront une solution quelconque.

 

Je suis avec respect, Monsieur le Directeur général, votre humble serviteur,

 

Le commissaire Inspecteur de la Librairie

 

Gaillard.

 

Mention : Personnelle.

 

 

 

Notices biographiques des propriétaires

 

 

 

Alexandre Dumas

 

 

 

Jean Théodore Boulé (né à Paris, 23 février 1799) demande un brevet d’imprimeur le 29 janvier 1837. D’après le rapport de police du 4 mars 1837, « le sieur Boulé, ancien commissaire-priseur, actuellement directeur du journal L’Estafette et propriétaire du Messager des Chambres, est connu sous des rapports favorables et sa capacité ne fait aucun doute. Mais on sait d’autre part que c’est conjointement avec le sieur Victor Bohain, ancien propriétaire du journal Le Figaro, qu’il se propose d’exploiter au compte du journalisme le brevet de cette veuve [la veuve Bellemain qu’il doit remplacer]. »

 

Le brevet est accordé avec réticences le 15 mars 1837. Le 1er novembre 1838, accablé par un énorme déficit, dépassant le million, il prend la fuite: créanciers et banquiers sont compromis: « On assure même que cette disparition et les pertes qu’elle occasionne servent de motif à plusieurs pour resserrer en ce moment leur escompte du papier sur Paris. » Sont intéressés avec lui le sieur Galibert, gérant de la Revue britannique  et le sieur Lecomte, gérant du Mémorial encyclopédique, tous deux en fuite, ce qui entraîne une grande complication d’intérêts pour les deux journaux, mais l’imprimerie est bénéficiaire.

 

Le dossier de Boulé contient par la suite des procès-verbaux de contraventions pour omissions de dépôt au Dépôt légal, ou pour impression sans déclaration préalable (1842).

 

Boulé est condamné le 25 novembre 1848 à un mois d’emprisonnement et deux cents francs d’amende pour délit de presse. Il introduit un recours en grâce, arguant de la bonne tenue de l’imprimerie; le sieur Boulé, paralysé, séjourne à Nice pendant la saison froide, ne venant à Paris que l’été. En réalité, d’après une lettre du procureur du 8 janvier 1850, il a été impliqué dans la procédure criminelle relative à l’inculpation du 13 juin 1849 pour avoir imprimé un placard hostile appelant aux armes, affiché près du Conservatoire des Arts et Métiers.

 

Son imprimerie imprime: L’Estafette, La Voix du Peuple, La République, Le Drapeau du peuple, L’Europe démocratique, l’Echo du Sacremento, le Moniteur religieux. « Elle est l’auxiliaire le plus puissant de la propagande détestable contre laquelle nous luttons depuis plus d’un an. » (Rapport du 11 mai 1850).

 

Le brevet lui est retiré le 15 mai 1850, « à cause de la persistance que met cet imprimeur à prêter le concours de ses presses aux écrits hostiles à la société et au gouvernement. » Boulé se défend dans un mémoire imprimé; mais il est cependant remplacé le 2 octobre 1851 par Louis Cormon. Entre 1854 et 1856, il envoie lettre sur lettre pour réclamer des indemnités pour le saccage de son imprimerie par la garde nationale le 13 juin 1849.

 

(Archives nationales, F18-1738).

 

Deux lettres d’A. Dumas à Théodore Boulé :

 


 

[Paris, 29 novembre 1854]

 

Comment dois-je faire cher ami pour que vos imprimeurs suivent mes instructions. Aujourd’hui[12], ils mettent dans le corps du journal deux lettres que j’avais recommandé de mettre en 1er Mousquetaire. Les noms de Lamartine et de Hugo valent bien qu’on leur fasse les honneurs du journal. J’avais envoyé des Mémoires bien au delà de ce qu’il en fallait -- au lieu de mettre tout on n’a fait que trois colonnes au lieu de mettre la suite à demain on a mis la suite prochainement.

 

1 p. 1/2 in-8°Les Autographes, catalogue, juillet 2000, n°108.

 

 

 

[Paris, 7 septembre 1854].

 


 

[Il tentait ayant de grosses difficultés financières de transformer Le Mousquetaire et de prendre un associé]

 

Comme vous le dites le second traité est absolument la même chose que le premier. C’est-à-dire qu’il ne peut me convenir […] Puis comment voulez-vous que l’on fasse une causerie tous les jours. Au bout d’un mois ce ne serait plus de l’esprit ce serait de l’eau tiède. En somme, cher ami […] je suis résolu à rester seul. A la fois pilote et capitaine de ma petite barque [...].

 

Aut., catalogue Charavay, décembre 1983, 40219.

 

 

 

Alexandre Cadot (Paris, 28 juin 1806-Nice, 3 avril 1870), fils de Nicolas Joseph Cadot, papetier, commis libraire chez Masson-Duprey, puis inspecteur de la voirie pour le pavage, tandis que sa femme Julie Audigé tenait un cabinet de lecture, donna sa démission en 1845 pour se faire libraire, au 16, rue de La Harpe; il publia, de 1845 (Une fille du Régent) à 1859, cinquante-quatre titres de Dumas, représentant trois cent vingt-deux volumes, voir Olivier Ravinet, “A. Cadot, éditeur d’Alexandre Dumas”. Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo. Cent cinquante ans après. Actes du colloque de Marly-le-Roi, organisé par Fernande Bassan & Claude Schopp. Editions Champflour/ Société des amis Alexandre Dumas, 1995, p. 223-226.

 

 

 

Lettre d’A. Dumas à Cadot, touchant les abonnements au Mousquetaire :

 

 

 

[Paris, 29 janvier 1856]

 

Mon cher Cadot,

 

J’ai droit à douze abonnements.

 

Trois à Hambourg Rusconi vous donnera les noms.

 

Isabelle                           H. Mausnier, C. Allut, négociant

 

Made Guidi                      Mr Noblet.

 

Made Durand                  Boulanger

 

Esther Guymont

 

Belleyme                         Porcher

 

 

 

Venez chez moi

 

A vous

 

Alex. Dumas.

 

Mention: Servir les abonnements ci-contre / A. Cadot / 29 janvier.

 

Aut., collection Claude Schopp.

 

 

 

Notices biographiques des imprimeurs

 

 

 

Jean Paul Laurent Émile Brière demande un Brevet d’imprimeur (n°3449) en remplacement de Louis François Auguste Lireux père, démissionnaire (ancienne imprimerie Belin), rue Saint-Antoine, n°55 (lettre à Rémusat, 23 juillet 1840) ; il est alors « âgé de trente-deux ans, demeurant à Paris, rue de Cléry, n°98. ».

 

« Il est né à la Martinique en 1808/ en réalité, le 11 novembre 1807/ et en est parti à l’âge de onze ans pour venir à Rouen où il a fait ses études. Il est depuis douze ans associé à son frère, imprimeur-libraire dans cette ville [ce dernier « est propriétaire et imprimeur du Journal de Rouen » Sénard à Cavé, s.d.], et dirigeant la maison conjointement avec lui. Il n’est à Paris que depuis le 15 juillet » (Ministère de l’Intérieur, 1er août 1840) ; sa conduite publique « n’a jamais donné lieu à aucune réclamation » (Préfet de la Seine-Inférieure, 8 août 1840).

 

Le brevet d’imprimeur en lettres lui est délivré le 24 août 1840.

 

En 1848, il établit un atelier de composition 25, rue du Helder et imprime L’Opinion publique et La Mode ainsi que Le Messager (1849), puis il reçoit l’autorisation d’installer un atelier rue Taitbout n°55 (juillet 1849), mais cette autorisation lui est presque aussitôt retirée. Il installe également un atelier rue Choiseul, 16, pour y imprimer La Mode.

 

En 1850, d’après un rapport, « le journal Le Proscrit, rédigé par MM. Ledru-Rollin, Ribeyrolles, Leclanché et autres contumaces résidant à Londres, doit être imprimé par le Sr Brière, rue Ste-Anne, n°55./ Il est à remarquer que le sieur Brière est l’imprimeur des journaux L’Opinion publique et La Mode dont la couleur ultra-légitimiste est notoire./ Le sr Brière a aussi imprimé le 1er numéro du Peuple de 1850, journal qui cherche à succéder à La Voix du peuple. » (Ministère de l’Intérieur, 1er juillet 1850) ; l’imprimeur est condamné à quinze jours d’emprisonnement et 500 f. d’amende, le 23 août 1850 pour « excitation à la guerre civile et au mépris du gouvernement de la République » pour un article de Ledru-Rollin imprimé dans Le Proscrit,  « précédent utile et qui a servi d’avertissement aux imprimeurs, habitués à se considérer comme des instruments industriels et aveugles. »

 

Un rapport de la Préfecture de Police, du 22 octobre 1850, rejette toute remise de peine : « Le prénommé n’a aucun titre à la faveur qu’il sollicite. C’est cet imprimeur qui lors de l’apposition des scellés sur les presses du Sr Boulé s’est chargé du tirage des feuilles anarchiques qui étaient imprimées, rue Coq-Héron, n°3./ J’ajouterai que le Sr Brière est un homme d’argent et à ce titre, je le crois capable d’accepter toute espèce de travaux, afin de grossir le chiffre de ses affaires »

 

Un autre rapport, du Ministère de la Justice, du 23 nov. 1850, précise : « Sa situation commerciale n’est pas très bonne, ses embarras l’ont quelquefois déterminé à imprimer des journaux hostiles au gouvernement ; mais on ne saurait le considérer comme solidaire avec eux au point de vue des opinions politiques : Brière au contraire m’est signalé comme dévoué à l’ordre. »

 

Le 22 juin 1857, ses bureaux et son atelier principal sont transférés de la rue Sainte-Anne à la rue Vivienne, n°49, puis de la rue Vivienne à la rue Saint-Honoré, n°257 (30 nov. 1857).

 

Il meurt en 1873 et est remplacé le 12 juin de cette année par son fils Ernest Jean Laurent.

 

 

* Lettre d’A. Dumas à Gustave Simon Hirshler, mentionnant Brière :

 

[Paris, avant le 28 octobre 1854[13]]

 

 

 

Mon cher Hirshler

 

Il est convenu que les quatre jours où l'on ne paie pas Brière appartiennent à MMrs Fage, Audebrand, Belle et Desonnas.

 

À vous

 

Alex Dumas

 

 

 

Jean Baptiste Éloi Dubuisson, né à Libourne le 23 décembre 1818, « a demeuré rue du faubourg du Roule 13, pendant 18 mois, rue des Vieux-Augustins, 16, et enfin rue Coq-Héron n°5. Il a été employé successivement dans les imprimeries des srs Moreau et Boulé. Comme directeur de la partie administrative de cette dernière maison, il a obtenu un brevet d’imprimeur à la résidence de Paris le 11 mars 1851 [N°4621, en remplacement de Charles Séraphin Hermann Lambert, démissionnaire]. Le brevet de librairie qu’il sollicite en ce moment a pour objet l’exploitation des feuilletons du journal L’Estafette. (...)

 

« Le Sr Dubuisson a de l’instruction. Sa solvabilité est reconnue. Il est parfaitement réputé sous le rapport de la conduite et de la moralité./ Quant à ses opinions politiques, d’une part, on serait porté à penser qu’elles se ressentent de ses relations avec les rédacteurs des journaux Le Peuple, La République et L’Estafette, qui s’impriment chez Mr Boulé. De l’autre, on lui attribue des idées légitimistes. Néanmoins aucun fait particulier n’est venu signaler le Sr Dubuisson à mon attention » (Préfecture de Police,  30 avril 1852).

 

Il paraît n’avoir été que l’homme de paille de Boulé. Il obtint un brevet de libraire le 19 avril 1855.

 

 

 

Les collaborateurs du Mousquetaire

 

 

 

Outre celui de Philibert Audebrand, très connu, mais peu fiable (Alexandre Dumas à la Maison d’or. Souvenirs de la vie littéraire. Calmann-Lévy, 1888, 365 p.), nous pouvons relever deux témoignages des collaborateurs du Mousquetaire, Asseline et Rochefort :

 

Tamaris [Asseline, Alfred], « Chronique d’hier et d’aujourd’hui. Comment fut fondé Le Mousquetaire », L’Événement, n°4835, 20 juin 1885, p. 1, col. 1-2.

 

Un dimanche d’automne – je parle de plus de trente ans! – je rencontrai Alexandre Dumas aux courses de la Marche.

 

Dumas aux courses!... Que pouvait-il bien faire sur le turf l’auteur d’Antony ? Connaissait-il quelque sportsman, et lui avait-on livré le secret d’une écurie !... Non, il n’était pas venu pour parier, et il ne s’intéressait que fort médiocrement  au steeple-chase annoncé sur le programme, car on pouvait le voir sommeiller au fond d’une grande calèche à côté d’une très jolie personne à laquelle il avait offert par galanterie une promenade à la Marche.

 

C’était Mlle Isabelle Constant toute rose et toute mignonne étoile du ciel de l’Ambigu-Comique, dont l’éclat naissant venait de se révéler au monde théâtral[14].

 

Pendant que le bon Dumas dormait, Mlle Isabelle bâillait derrière son éventail, elle ne paraissait pas s’amuser beaucoup à cette fête hippique; aussi, en voyant quelqu’un s’approcher de la calèche, elle jeta un petit cri de joie, car ce lui fut une occasion de réveiller son grand ami.

 

Dumas ouvrit doucement les yeux et m’envoya un de ces aimables et paternels sourire avec lesquels il accueillait toujours les jeunes; il se savait aimé de la génération qui allait lui succéder et  il tenait à lui plaire.

 

“Approchez, approchez donc. J’ai à vous parler. Je fonde cette semaine un journal littéraire, voulez-vous le faire avec moi?

 

- C’est très sérieux, dit la jeune Isabelle. Nous allons faire un journal.

 

Et Dumas, pour me convaincre, ajouta:

 

- Eh bien, rentrez à Paris avec nous, nous dînerons ensemble et je vous mettrai au courant de ce qui se passe.

 

En effet, il me mena dîner chez Philippe rue Montorgueil. Je me rappelle qu’il fit des folies. Il demanda une bouteille de vin de Chypre que je trouvais détestable et dont il ne but pas une goutte.

 

Au dessert il tira de la poche de son pantalon quelques billets de banque qu’il s’amusait à remuer et à froisser dans ses mains, comme un jeune homme qui n’en aurait jamais tant vu.

 

- Vous comprenez, j’ai de l’argent! Nous pouvons commencer cette semaine. Le journal s’appellera Le Mousquetaire, journal d’Alexandre Dumas. Après Les Trois Mousquetaires, le titre sera à lui seul un grand succès.

 

- Je crois bien, dit Isabelle.

 

- Voyons, voulez-vous rendre compte des livres et des théâtres? Mais je vous préviens qu’il faut que votre critique soit très sévère. Par conséquent, pas d’influences. Vous devez être libre. Nous ne recevrons aucun volume des libraires, nous refuserons toute loge offerte par les directeurs de théâtre. La caisse du journal vous fournira l’argent nécessaire pour acheter les livres nouveaux et vos billets de spectacle.

 

- Bravo, c’est entendu.

 

- Écoutez, j’ai fait un traité avec Brière, l’imprimeur de la rue Ste-Anne, … par jour à payer soixante-dix francs de papier et soixante-six francs de composition et de tirage. Nous avons vingt jours d’assurés et, d’ici-là, le journal sera lancé. Le public achétera dix mille exemplaires pour le moins et à la fin du mois nous serons riches. Demain j’irai demander un article à Théophile Gautier pour notre premier numéro, je le lui payerai cinq cents francs. Moi, je ferai une causerie tous les jours en première page; il y aura  ensuite trois colonnes de mes Mémoires et en feuilleton un roman de moi qui est prêt. Vous ferez le reste avec quelques amis, et, s’il vient des jeunes gens frapper à notre porte, je les accueillerai avec plaisir.

 

Le lendemain de ce dîner chez Philippe, j’allai voir Dumas à l’hôtel Louvois où il logeait. Il occupait un petit entresol ouvert à tous les visiteurs, travaillant, causant, toujours de bonne humeur et grisé par son projet de journal.

 

- Allons, c’est fait, me dit-il, Le Mousquetaire paraîtra lundi. Venez ce soir au Gymnase, vous verrez la répétition générale de la pièce d’Alexandre, Diane de Lys, vous en rendrez compte, ce sera votre premier feuilleton[15]. Ah! À propos, avant que vous descendiez, j’ai une chose à vous dire: je veux que vous soyez bien payé: vous aurez mille francs par mois, ça vous va-t-il? Si même vous voulez un mois d’avance...

 

- Est-ce possible?

 

Je fus véritablement ébloui.

 

Nous étions aux premiers jours du mois de novembre 1853. Le journal parut comme Dumas l’avait dit. Ce fut un succès. Cette petite feuille où il mettait tout son esprit, se vendait le soir sur les tables des marchands de journaux, le long des boulevards, car il n’y avait pas de kiosques à cette époque. Le Mousquetaire fut le premier journal littéraire quotidien qui réussit vivement et montra la marche aux autres.

 

On rit beaucoup de l’avertissement qu’Alexandre Dumas fit imprimer dans les manchettes de sa gazette.

 

“Le journal ne reçoit pas de réclames des théâtres ni des libraires. Il paye ses loges et achète ses livres.”

 

Pour rendre hommage à la vérité, je dois dire que jamais je n’ai reçu autant de livres et de coupons de loge; comme critique indépendant, j’étais accablé de faveurs; il est vrai que le caissier du journal m’envoyait régulièrement promener, chaque fois que je lui demandais cinq francs pour acheter une stalle, et j’étais bien obligé de me laisser corrompre par les directeurs.

 

Car l’argent manqua toujours à ce pauvre journal qui cependant en gagnait beaucoup. On faisait une recette journalière de quatre à cinq cents francs; mais Dumas avait toujours quelques payements à faire, quelque juif à endormir, quelque bonne amie à soulager, et les rentrées ne profitaient qu’à ses fantaisies personnelles. Le marchand de papier et l’imprimeur tiraient la langue.

 

L’infortuné caissier passait ses jours dans le vide; je le vois encore lisant assidument un exemplaire de la Jérusalem délivrée! Toujours ouvert sur sa table; et quand nous nous présentions pour toucher le prix d’un article, il n’était déjà plus question de milliers de francs par mois et les avances étaient chimériques, il nous montrait avec mélancolie les araignées de son bureau. Ce caissier, nommé Michel, était un ancien jardinier de Monte-Cristo, et je crois bien qu’il ne reçut jamais d’autre salaire que les rares légumes du potager dont il avait eu la garde.

 

Nous passions nos après-midis dans le local de la rédaction qui se composait de deux petites pièces au rez-de-chaussée de la Maison d’Or, dans le fond de la cour, rue Laffitte. La location de ce bureau, luxueusement garni d’une table ronde et de quelques chaises vertes, coûtait douze cents francs par an à Dumas. La portière faisait le ménage avant l’arrivée de Michel, qui faisait son entrée vers midi avec un panier de salade ou une botte de navets venant de Monte-Cristo.

 

Dans ce coin de Paris, original et amusant, passèrent toutes les illustrations d’alors, les hommes les plus spirituelles et les plus élégantes reines de théâtre: - Méry, armé d’un rouleau de ses vers; Meyerbeer, craintif et timide, venant solliciter l’indulgence des journalistes pour la première de son Étoile du Nord[16]; Gaillardet, donnant des explications sur ses duels et légèrement raseur; Mlle Brohan, implorant un rôle de Dumas et ne lésinant pas sur ses mots à effet qui avaient le pouvoir de changer en statue de sel le caissier Michel; Mme de Girardin, toute rayonnante de son succès de La Joie fait peur[17]; Aurélien Scholl apportant son premier article, au débotté de Bordeaux[18]... et quelques jours plus tard un grand jeune homme à figure étrange, se glissant par la porte entr’ouverte pour déposer quelques feuillets d’une prose serrée et diabolique, Henri Rochefort[19]..., qui fut depuis

 

L’archer fier, le hardi sagittaire,

 

Dont la flèche est au flanc de l’empire abattu[20].

 

Ces nobles visites ne nous consolaient que médiocrement des vides de notre bourse.

 

Mais Dumas y mettait tant de grâce, il avait un si beau sourire quand il partageait avec ses rédacteurs les rares louis qui s’égaraient dans le tiroir de sa table! Nous ne pouvions pas lui en vouloir de notre misère. Tout lui était permis; volontiers, nous nous contentions comme applaudissements d’un rayon de sa gloire.

 

On travaillait avec gaieté et la copie ne chômait pas. Le pauvre Paul Bocage, dévoué jusqu’au pain sec – et encore n’en avait-il pas tous les jours – trouvait le moyen de prolonger à travers deux ou trois cents feuilletons, sans  jamais perdre le fil de sa narration, les aventures fabuleuses des Mohicans de Paris! Georges Bell, Philibert Audebrand ne se lassaient pas de chroniques et donnaient le meilleur de leur plume fidèle au Maître; - et lui, l’inépuisable Dumas, toujours à la tête de sa rédaction, donnant l’exemple sans broncher, depuis le premier jusqu’au dernier numéro, multipliait les Causeries, les Mémoires, et enfouissait dans son Mousquetaire des volumes de copie.

 

Il finit cependant par se fatiguer; car, étant à la fois écrivain, directeur, propriétaire et seul financier de journal, il ne se payait pas; et il réfléchit – ce par quoi il aurait dû commencer – qu’il pourrait trouver ailleurs un profit plus net d’un labeur aussi colossal.

 

Le journal, au bout d’une année, disparut ou plutôt se transforma. Ce fut une combinaison quelconque qui délivra Dumas de ce fardeau écrasant: et ainsi finit le véritable Mousquetaire, celui de la fondation, où les fureteurs de lettres pourraient retrouver bien des anecdotes curieuses, bien des traits oubliés qui serviront un jour à l’histoire littéraire sous le second empire.

 

Tamaris.

 

 

 

Henri de Rochefort, Les Aventures de ma vie. Paris, Paul Dupont, s.d., tome premier, p. 112-113.

 

Un rapide éclair illumina cet horizon dont tous les points étaient noirs. Je rencontrai un matin Alexandre Dumas qui connaissait beaucoup mon père, dont il parle plusieurs fois dans ses Mémoires et m’avait vu enfant. Il me demanda ce que je faisais et quand je lui eus répondu:

 

- Rien!

 

Il m’invita à venir le voir. Il allait fonder un journal dont l’imprimeur, Boulé, serait le commanditaire et se ferait un plaisir de m’en ouvrir les colonnes.

 

Cette ouverture me rendit quelque courage et me remplit d’une fierté mitigée par la quasi certitude que même si elle était reçue, ma copie ne me serait jamais payée. Alexandre Dumas, dans la courte entrevue que j’eus avec lui, saisit l’occasion de me renouveler l’expression de toute sa reconnaissance à l’égard de mon père à qui, m’affirma-t-il cordialement, il devait peut-être le succès de Henri III et sa cour.

 

Il portait, en effet, son drame à la Porte-Saint-Martin, et en tenait à la main le manuscrit, se dirigeant vers le théâtre auquel il le destinait, quand il croisa mon père, rue de Grenelle-Saint-Honoré, où demeurait ma famille dont je ne faisais pas encore partie, puisque je n’étais pas au monde.

 

Dumas conta en marchant le scénario de sa pièce, et mon père lui demanda de vouloir bien s’arrêter un instant chez nous pour la lui lire. Ma mère assista à la lecture, et comme Alexandre Dumas, alors tout jeune, était aussi long et efflanqué qu’il est devenu large avec l’âge, elle me parla souvent plus tard de l’effet singulier que lui avait produit ce grand jeune homme au teint noir et me demanda s’il était toujours aussi mince.

 

Quand le débutant eut roulé de nouveau son manuscrit, mon père, qui avait trouvé la pièce très belle, lui déclara qu’elle était trop soignée comme style pour être offerte au gros public de la Porte-Saint-Martin, où se jouaient à cette époque des mélodrames à armures dans le genre de Téléki ou le Siège de Montgaze. La seule scène qui convînt à Henri III était celle du Théâtre-Français, où ce drame, avec ses hardiesses, était assuré d’un  succès retentissant ou d’une chute totale. La demi-réussite possible à la Porte-Saint-Martin était là on ne peut plus improbable.

 

Dumas accepta le conseil avec empressement, et au lieu de se diriger vers la Porte-Saint-Martin, il rebroussa vers la Comédie-Française, où la célébrité l’attendait.

 

Le journal auquel Alexandre Dumas avait fait allusion en m’y offrant une place était le Mousquetaire, qu’il fonda en effet un peu plus tard, où je publiai quelques articles et où mes inquiétudes touchant le payement de la copie se réalisèrent de bout en bout.

 

 

 

Biographie des collaborateurs majeurs du Mousquetaire de la première époque.

 

 

 

Nous retenons les collaborateurs qui signent la lettre à George Sand du 15 février 1854, imprimée à la suite de reproduction de la lettre de George Sand à Mirecourt, publiée dans La Presse du 14 février pour protester contre des extraits de sa biographie de Sand (Eugène de Mirecourt, George Sand, in volume I de la collection Les Contemporains. Paris: Gustave Havard, 1855), insérés dans La Presse littéraire du 5 février, p. 85-95. Le Mousquetaire, n°89, 17 février 1854, imprime la réplique de Mirecourt précédée d’une sommation d’huissier.

 

« Cher confrère,

 

Nous saisissons avec empressement cette occasion de vous témoigner, une fois de plus, notre dévouement, notre estime et notre admiration.

 

Alexandre Dumas. Alexandre Dumas fils.

 

Comtesse Dash. Paul Bocage.

 

Roger de Beauvoir. Georges Bell.

 

Asseline. Philibert Audebrand.

 

Eimann. Léon Gatayes.

 

Casimir Daumas. Armand Baschet.

 

É. Dubreuil. Max de Goritz.

 

Paris, 15 février. »

 

Publication: Le Mousquetaire, n°87, 15 février 1854, p. 1, col. 3. Reproduit dans Le Mousquetaire, n°89, 17 février 1854, p. 1, col. 3: “À George Sand .... Max de Goritz./ A. Dupeuty./ Albert Blanquet./ Paris, 16 février 1854.”

 

 

 

Gabrielle Anne de Courtiras, Mme Poilloüe de Saint-Mars, dite la comtesse Dash (Poitiers, 2 août 1804-Paris, 11 septembre 1872), d’origine bourgeoise, épousa un officier de vingt ans son aîné à qui elle donna un fils avant de s’en séparer en 1835 pour se lancer dans la vie littéraire. Grâce à l’appui de R. de Beauvoir et d’A. Dumas, elle publia dans la Revue de Paris, puis, à partir de 1839, inonda la librairie de romans galants pseudo-historiques, parmi lesquels Mademoiselle Cinquante millions, 1863, La Dette de sang, 1864, Le Beau voleur, 1876. Sous le pseudonyme de Marie Michon, elle signa des chroniques épisodiques pour Le Mousquetaire, journal d’A. Dumas et publia dans ce journal, entre le 1er janvier et le 18 septembre 1854, Vie et aventures de Catherine-Charlotte de Gramont de Grimaldi, duchesse de Valentinois, princesse de Monaco, édité en librairie sous le titre Vie et aventures de la princesse de Monaco. Elle donna ensuite deux autres oeuvres « publiées par A. Dumas »: La Dame de volupté (1864), intégrée d’abord dans La Maison de Savoie, puis Madame du Deffand (Mémoires d’une aveugle et Les Confessions de la marquise), 1856-1857. Ses Mémoires des autres (La Librairie illustrée, 1896-1897, 6 vol.) et ses Portraits contemporains (Amyot, 1864, 2 vol.) demeurent une source bibliographique intéressante.

 

 

 

Édouard Roger de Bully, dit Roger de Beauvoir (Paris, 28 novembre 1809-Paris, 27 avril 1866), proche des romantiques, multiplia les romans: Le Café Procope (1835), Histoires cavalières (1838), Le Chevalier de Saint-Georges (1840), La Lescombat (1841), L’Hôtel Pimodan (1846), les volumes de poésies: La Cape et l’épée (1837). Il écrivit aussi pour le théâtre: Le Chevalier de Saint-Georges (1840), Un dieu du joue (1850), Les Enfers de Paris (1853), La Raisin (1855). Il épousa Eléonore-Léocadie Doze, sociétaire de la Comédie-Française dont il se sépara avec éclat en 1850.

 

 

 

Alfred Pierre Alphonse Asseline (Paris, 18 mars 1821-1890), cousin germain d’Adèle Hugo (son père, Jean-Baptiste Asseline était le frère de Mme Foucher), fit son droit, prêta le serment d’avocat et fut attaché au cabinet du préfet de police de 1847 jusqu’au coup d’Etat. Encouragé par Hugo et Janin, il écrivit un drame, Les Noces de Lucinde (1845) et publia des vers: Pâques fleuries (Amyot, 1847), Le Coeur et l’estomac (1853). Il a laissé également des romans: L’Enlèvement d’Hélène (1857), Les Délicats (1874), Madame de Monaco (1884), dans la série “Les grandes amoureuses”, et un livre de souvenirs: Victor Hugo intime (1885).

 

 

 

Melchior Joseph Eugène, général Daumas (Delémont, Suisse, 4 septembre 1803-Camblanes-Meynac, Gironde, 29 avril 1871), engagé à dix-neuf ans, sous-lieutenant en 1827, après être passé par l’Ecole de Saumur, servit en Algérie, prenant part aux expéditions de Tlemcen et de Mascara. Ayant appris l’arabe, il fut nommé consul à Mascara, près Abd-el-Kader; puis directeur des Affaires arabes (1839), directeur des Affaires indigènes de la colonie (1841). Il prit une part prépondérante dans la création des Bureaux arabes. Général de brigade en 1847, il accompagna Abd-el-Kader dans ses différents lieux de détention. À son retour en Algérie, il participa à des expéditions contre des tribus rebelles, avant de rentrer en France en février 1850 pour prendre la direction des Affaires algériennes du Ministère de la Guerre, poste qu’il occupa jusqu’à la création du Ministère de l’Algérie et des colonies (juillet 1858). Général de division le 14 janvier 1853, il fut nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire, sénateur (12 avril 1857), commandant de la quatorzième division militaire à Bordeaux  (mars 1860-septembre 1868). Il publia de nombreux ouvrages relatifs à l’Algérie: Exposition de l’état actuel de l’Algérie, 1844; Le Sahara algérien, 1845; La Grande Kabylie, 1847; Les Chevaux du Sahara, 1851; Moeurs et coutumes de l’Algérie (Tell, Kabylie, Sahara), Louis Hachette, 1853; Principes généraux des cavaliers arabes, Louis Hachette, 1854; Formules de la civilité arabe, in Alexandre Bellemare, Grammaire arabe (idiome d’Algérie), à l’usage de l’armée et des employés civils, 2e édition, 1854. Il donna des articles à la Revue des deux mondes  et à la Revue de Paris.

 

 

 

Jacques Pierre Ernest Dubreuil, (Poitiers, 19 septembre 1830-asile de Ville-Evrard, Neuilly-sur -Marne, 28 avril 1886), fils de Jacques Pierre Dubreuil, chef du bureau du cadastre, et de Victoire Houdelot, auteur dramatique, donna des comédies (Les Mariages d’amour, Odéon, 1er septembre 1860; Les Turlutaines, comédie, Menus-Plaisirs, 15 décembre 1866); mais fut surtout librettiste d’opéra (Le Roi des mines,  musique de M. Chérouvrier, Théâtre-Lyrique, 22 septembre 1865; La Belle Bourbonnaise, musique de Coedès, 1871; Le Bourgeois de Calais, musique de Messager, Folies-Dramatiques, 6 février 1886) et d’opéra-comique (La Tête enchantée, musique de L. Palliard, Théâtre-Lyrique, 13 décembre 1861; François-les-Bas-bleus, musique F. Bernicat et Messager, Folies-Dramatiques, 8 novembre 1883; Saint-Mégrin, d’après Henri III et sa cour, musique de P.-L. Hulemacher, Monnaie de Bruxelles, 1er mai 1886). Son acte de décès lui donne pour adresse: 75, rue des Batignoles.

 

 

 

Joachim Hounau, dit Georges Bell (1824-1899), fils d’un médecin de Pau, condamné à la déportation par la cour de Bourges à la suite du 15 mai 1848, obtint de rentrer en France et se consacra à la littérature, publiant G. de Nerval, Victor Lecou, 1855 [L’Artiste, mars-avril 1855], “un des rares textes qui manifestent une amitié intelligente”, Appendice historique, Voyage en Chine du capitaine Montfort (1854), Etude littéraire sur Méry, en tête des Oeuvres de ce dernier (1853), Introduction aux Doïnas de V. Alexandri (1855). En 1858, il se fit libraire à Paris avant d’être rédacteur en chef du Courrier d’Oran. Autres œuvres: Scène de la vie de château, Ethel, souvenirs d’Afrique (1866), La Croix d’honneur (1867), des articles biographiques dans la presse (Le Mousquetaire, La Presse, L’Illustration ).

 

 

 

Philibert Audebrand (Saint-Amand-Montrond, 31 décembre 1815-Paris, 10 septembre 1906), journaliste abondant dont les écrits auraient pu, disait Monselet, couvrir la place du Carrousel (1857), collaborateur du Mousquetaire  du 28 décembre 1853 au 24 octobre 1854, a laissé ses souvenirs sur la vie chaotique du journal: Alexandre Dumas à la Maison d’Or. Souvenirs de la vie littéraire, Calmann-Lévy, 1888.

 

 

 

Joseph Léon Gatayes, (Paris, 25 décembre 1805-1er février 1877) reçut de son père, Guillaume Antoine G., une première éducation musicale avant qu’il ne suive les leçons de Cousineau et Labarre. Il s’adonna à la harpe, professant dès l’âge de 16 ans: Mme Récamier était de ses élèves, et laissa quelques compositions. Harpiste de l’Odéon, il y remporta un grand succès. Encouragé par V. Hugo et A. Karr, il se lança, sous le pseudonyme de Courtenay, dans la critique musicale, collaborant au Corsaire, au Journal de Paris, à la Chronique de France, à la Gazette de Paris. Passionné d’équitation, il fut également chroniqueur sportif au Siècle et au Journal des haras.

 

 

 

Armand Baschet (Blois, 1er décembre 1829-Paris, 26 juillet 1886), destiné par son père médecin à la médecine qu’il étudia à Blois, puis à Paris (1848) où il suivit les cours de l’Ecole des Chartes, collabora, sous le nom de Gabriel Dumon, à des journaux de province (La France centrale, Journal de l’Indre-et-Loire). Il publia Honoré de Balzac, Blois, 1852, et Les Années de voyage: de Sainte-Adresse à Bagnères-de-Luchon, 1852. Il obtint une mission pour l’Allemagne, l’Autriche et la Vénétie où il découvrit dans les archives des documents inédits qu’il exploita par la suite: Souvenirs d’une mission: les Archives de la sérénissime République de Venise, 1857; La Diplomatie vénitienne: les princes de l’Europe au XVIe siècle d’après les ambassadeurs vénitiens, 1862; Les Archives de Venise, histoire de la Chancellerie secrète, 1870; Les Femmes blondes selon les peintres de l’école de Venise, 1865. Il explora également les archives parisiennes. En 1855, il publia Les Origines de Werther, 1855.

 

 

 

Mayer, alias Max de Goritz. Ce collaborateur de Dumas reste un personnage mystérieux. Seul, Philibert Audebrand nous informe sur ce héros picaresque “à la parole lente, souvent alourdie par un accent tudesque”, qui était “de taille moyenne, robuste, nerveux, énergique. De petites moustaches d’un blond cendré ombrageaient sa lèvre supérieure, assez grosse, et tranchaient sur la pâleur mate de son visage.” (Alexandre Dumas à la Maison d’or). Dumas l’avait ramené de Bruxelles. L’étranger s’était présenté un matin boulevard de Waterloo comme un noble hongrois qui, ayant pris les armes lors de la dernière insurrection, avait vu ses biens séquestrés et sa vie menacée. Il était proscrit et sans le sou. Il vivait avec une jeune femme, à la tournure de grisette, qui se donnait pour la fille du sieur de Richemont, lequel prétendait n’être autre que Louis XVII sauvé du Temple. D’après Audebrand, Dumas aurait accepté la fable et aurait décrété Goritz son « traducteur ordinaire ».

 

Max de Goritz hantait les bureaux du Mousquetaire à la Maison d’Or, toujours inquiet, se disant poursuivi par la police politique. Il habitait la rue Neuve-des-Martyrs, dans un intérieur assez misérable. Toujours en quête d’expédients (il vend à Mirès le manuscrit d’œuvres déjà publiées dans Le Mousquetaire), il finit par s’enfuir.  Ce n’est pas la police politique, mais la police criminelle qui le recherche: Max de Goritz n’est autre qu’“un aventurier allemand, un sémite du nom de Mayer, un aigrefin” dont les méfaits vont du vol simple au vol avec effraction et qui ne reculerait devant l’assassinat. Il aurait continué dans sa fuite ses escroqueries.

 

Il faut confronter le témoignage tardif d’Audebrand (1888) à des documents plus précis. À quelle date peut-on situer l’intrusion de Goritz (ou plutôt Mayer) au 73, boulevard de Waterloo? À  la mi-janvier 1853, puisque le 20 janvier, Dumas écrit à Neffzer, le gérant de La Presse:

 

“Je vous écris à la suite de Mr Mayer non pour vous le recommander puisqu’il est votre ami, mais pour vous faire toutes nos tendresses.

 

Cependant laissez-moi vous dire que ce serait une très bonne chose à vous que de créer ici une occupation à Mr Mayer. Je ne crois pas que mon nom ait la moindre influence sur Girardin, cependant au besoin usez-en.”(Archives nationales, 113 AP 1).

 

La lettre de Mayer à Nefftzer disait:

 

“Je me suis présenté à Mr Dumas qui m’a fait un accueil dont je ne saurai peindre la gracieuse bienveillance, et ce, sans me connaître, me recommandant seulement de votre nom [...] Que le patron consente à me charger d’une correspondance.”

 

Mayer était-il comme le futur directeur de la Revue germanique originaire de Colmar? Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que Dumas n’a jamais été dupe ni de l’identité falsifiée ni de la figure de proscrit politique que se donnait le faux aristocrate magyar. Pourquoi a-t-il laissé ses collaborateurs du Mousquetaire dans l’ignorance au risque de les abuser? Par générosité, peut-être. Audebrand écrit aussi que la pseudo comtesse était jolie.

 

Se recommandant verbalement d’Auguste Nefftzer, Mayer avait sans doute également usurpé quelque peu la recommandation; la réponse de Nefftzer dut détromper Dumas:

 

“Merci mon cher Nefftzer de vos bons renseignements.

 

Comme il ne faut pas laisser mourir de faim même les pécheurs, j’ai déjà pourvu pour Mr Mayer à l’absolu nécessaire.

 

Mais je ne puis pas le soutenir longtemps. Vous avouerez que d’autres sont plus méritants.

 

Voyez donc si vous pouvez en tirer parti, il meurt, dit-il, de faim.” (Archives départementales de l’Aisne, 1106-2).

 

Nefftzer ne pouvant pas, ou ne désirant pas, tirer parti de Mayer, c’est Dumas lui-même qui le met au travail: il connaît l’allemand, il traduira des œuvres allemandes peu connues que Dumas adaptera. En contre-partie, il assurera la matérielle:

 

“50 f. aux pauvres Goritz”, note-t-il dans le post-scriptum d’une de ses lettres à sa fille Marie (BnF, n.a.fr. 14669, f. 128, 12 octobre 1853).

 

[…] À partir de janvier 1853 jusqu’au départ de Dumas pour Paris, Mayer séjourne donc à Bruxelles; ensuite, il rejoindra son protecteur pour participer à l’aventure quotidienne du Mousquetaire. Audebrand mentionne parmi les ouvrages traduits par Goritz La Conscience et “deux romans d’Auguste Lafontaine qui ont été l’année d’après publiés dans Le Pays.”[Catherine Blum et Le Pasteur d’Ashbourn]. Il faut étendre pour le théâtre la collaboration au Marbrier, à La Veillée allemande et peut-être à La Femme sans amour.

 

Pendant les premiers mois du Mousquetaire, Mayer, devenu Max de Goritz, traduit essentiellement les contes satiriques de l’humoriste Saphir que Dumas avait rencontré à Bruxelles en août 1853: Le Livre de la vie et son censeur (5-8 février 1854), Réflexions mondaines d’un hanneton (9 février), L’Homme et les années de la vie (11 février), Histoire merveilleuse d’un homme qui passe en revue les feuilles de son album (12-19 février, 22-23 février), L’Homme d’expérience (14 février), Les Étoiles commis-voyageurs (1er-3 mars). Il se consacre aussi à des nouvelles d’Oswald Tiedemann: La Pâle fiancée (22 novembre-3 décembre 1853), La Ferme maudite (6-1” décembre) ainsi qu’à un roman de Charles Spindler L’Hôtel de la Rose d’Or (20-22 décembre).

 

Soudain, la collaboration s’arrête. Audebrand nous l’a dit: recherché pour vol, Mayer est en fuite, il est même bientôt arrêté. Dumas en avertit sa fille:

 

“Goritz a fui, comme tu sais, mais Goritz a été arrêté, on le ramène à Paris – escorté pour plus de sûreté, à ce qu’il paraît, de deux gendarmes.

 

Tu ne ferais pas mal, chérie, de te mettre à la recherche des lettres qui m’ont été écrites par lui et d’en faire une liasse que tu m’enverrais.”(BnF, n.a.fr. 14669, f. 242).

 

Par ailleurs, Noël Parfait écrit à son frères Charles:

 

“Je t’appendrai, si cela peut t’être agréable que M. le comte Max de Goritz, devenu le factotum de Dumas à Paris, surpris deux fois en train d’alléger le porte-monnaie du maître, convaincu de vingt autres canailleries, mais resté néanmoins attaché au Mousquetaire avec deux cent cinquante francs d’appointements par mois! Vient, enfin, pour un méfait qui, cette fois, ne concerne plus Dumas, d’être appréhendé au corps par la gendarmerie, et conduit à Mazas avec les égards et les menottes qui lui sont dus. Et voilà de quels hommes est entouré là-bas ce pauvre grand niais de tant d’esprit!” (Copie, Bibliothèque municipale de Chartres, N.A. 253/8/4).

 

Extrait de: Claude Schopp, L'Exil et la mémoire. Alexandre Dumas à Bruxelles, 1852-1853. Thèse d'Etat sous la direction de M. Claude Pichois. Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris III, 1986 (microfilm 86.12.3052 Lille-thèses), p. 414-418.

 

 

 

Adolphe Dupeuty (Paris, 1828-La Hay-les-Roses, 1884), fils de l’auteur dramatique Charles Dupeuty, fut secrétaire de l’Opéra, chroniqueur (1856) au Figaro, au Figaro-programme, au Charivari et fit jouer quelques vaudevilles: Les Canotiers de la Seine (Folies-Dramatiques, 12 juin 1853), Arsène et Camille (5 mai 1859), Un joli cocher (Palais-Royal, 1er mai 1863), Le Carnaval des canotiers (Folies-Dramatiques 25 janvier 1864), publiant un roman: Où est la femme? (1864).

 

 

 

Albert Blanquet (Paris, 1826-Le Vésinet, 10 juin 1875), fils de l’éditeur T. Blanquet, donna des gages à la république, avec son pamphlet Dieu ne le veut pas, 1849, réponse au vicomte d’Arlincourt, avant d’être attaché sous l’Empire au cabinet de Napoléon III. Après 1870, il collabora à La Liberté, sous le pseudonyme de Chrysale. Ses romans historiques s’inspirent d’A. Dumas: La Giralda de Séville, 1852; Les Amours de d’Artagnan, 8 vol., 1859; Fleur de Marie, 1859, qui met en scène E. Sue racontant comment il a écrit Les Mystères de Paris ; Le Roi d’Italie, 1860; Le Parc aux cerfs, 5 vol., 1860; La Belle Ferronnière, 6 vol., 1861; Les Enfants du curé, 4 vol., 1864; La Mye du roi, 1866; La Malemort, 1867; Le Marquis de Brunoy, 1874; quelques romans posthumes. Il a aussi laissé des récits fantastiques (L’Elixir de vie, 1857; Le Château des spectres, 1864) et une comédie, en société avec Louis Judicis, Amour et caprice, Odéon, 18 septembre 1854. Il collabora à de nombreux journaux (Passe-Temps, L’omnibus, Le Petit Moniteur du soir, Le Dimanche) sous les pseudonymes de Xavier Ledoux, Emile Cruzel, Marie d’Ussy, Tek-Nab.

 



[1] Marie Alexandrine Dumas (Paris, 5 mars 1831-Courbevoie, 26 mars 1878), fille d’A. Dumas et de Belle Krelsamer, élevée par Ida Ferrier à Paris puis à Florence, vivant ensuite près de son père (1846), se consacra au dessin et à la peinture, exécutant des marines et des scènes d’intérieur, à Paris, puis à Bruxelles. Elle épousa le 6 mai 1856 Pierre Auguste Olinde Petel. À son retour d’un voyage en Orient (mai 1861), elle se sépara de son mari et se réfugia au couvent des Dames de l’Assomption à Auteuil, engageant une procédure de séparation dont elle fut déboutée (Tribunal de Châteauroux, 5 mai 1862). Ensuite, elle vécut près de son père, 107, boulevard Malesherbes, tenant sa maison, peignant toujours (Salon de 1865), écrivant des romans (Au lit de mort, 1866; Madame Benoit, 1868) et priant. Camille d’Ivry [Anatole France] trace ce croquis dans La Vogue parisienne du 12 septembre 1869: « C’est une sérieuse et belle jeune femme dont l’aspect plein de noblesse et de dignité manque peut-être un peu de charme féminin. Elle est d’un mysticisme exalté et volontiers dans sa toilette elle imite les vêtements des moines et des religieuses, -- ses peignoirs ont des allures de froc et ses bijoux favoris sont des croix et des médailles. Sur cette poitrine voilée avec affectation, on prévoit un grand nombre de scapulaires./ Pâle et brune sous une longue robe violette, ainsi pour la première fois elle m’est apparue, courbée sur un métier où elle brodait un bizarre écran plein de chinoiseries. » Voir Anatole France, Croquis féminins, XVIII.

[2] Louis Maurice Debelleyme (Paris, 16 janvier 1787-24 février 1862), avocat en 1805, entra dans la magistrature et fut vice-président  (1824), puis procureur du Roi au tribunal de première instance de la Seine. Nommé préfet de police par Martignac le 27 janvier 1828, il institua le corps des sergents de ville en uniforme, combattit la croissance de la mendicité et créa les omnibus. Il démissionna lors de la formation du ministère Polignac pour devenir président du tribunal de première instance. Élu député de Dordogne aux élections du 4 juillet 1829, il refusa de voter l’adresse au Roi. Chef de bataillon de la 7ème légion de la garde nationale, il fut élu député de Paris le 28 septembre 1831 avant d’être battu.

[3] Mercredi 26 octobre.

[4] Émile de Girardin  (Paris, déclaré le 21 ou 22 juin 1806-Paris, 27 avril 1881), déclaré sous le nom d’Emile Delamothe, était le fils adultérin du comte Alexandre de Girardin (1776-1855) et d’Alélaïde Marie Fagnan, épouse de Dupuy, conseiller à la Cour de Paris. Élevé à la campagne, délaissé par ses parents, il commença par des petits emplois, à la Maison du Roi, puis chez un agent de change. En 1827, il publia un roman autobiographique, Emile, avant de prendre, de sa propre autorité, le nom de son père. Inspecteur-adjoint des Beaux-Arts (1828), il lança Le Voleur (avril 1828) et La Mode (octobre 1829) qui rencontrèrent le succès, et, avec Balzac le Feuilleton des journaux politiques (1830). Il épousa Delphine Gay le 1er juin 1831, créa le Musée des familles, L’Almanach de France, le Panthéon littéraire, tout en multipliant les spéculations qui asseyaient sa fortune. En 1836, il fonda La Presse, bouleversant l’économie des journaux en fixant l’abonnement à 40 f. pr an (au lieu de 80), grâce au développement des annonces. Parallèlement, il se lançait dans la carrière politique, se faisant élire dans la Creuse (1834). Conservateur progressiste, appartenant à la monarchie par ses goûts et ses relations, il se rallia en 1848 à la République. Sous le second Empire, après avoir reçu plusieurs avertissements, il finit par abandonner La Presse pour relever le journal La Liberté.

[5] Pierre Marie Hector Collet-Meygret (La Burchanchez, 11 novembre 1791-Paris, 14 janvier 1876), qui fonda à Lyon en octobre 1848 Le Président, journal de soutien à Louis-Napoléon Bonaparte, en fut récompensé par un poste de conseiller à la préfecture du Rhône (1849), de sous-préfet à Béziers, puis, après le coup d’État, à Saint-Étienne. Nommé préfet de l’Aube, il revint à Paris en octobre 1853 comme secrétaire général de la Préfecture de police avant d’être nommé directeur de la Sûreté nationale au ministère de l’Intérieur (mai 1854), puis préfet du Nord (1857).

[6] Voir L’Indépendance belge, 23e année, n°297, 27 octobre 1853, p. 2, 3e col. : « Par suite, dit-on, d’un avertissement officieux, donné à M. Émile de Girardin, La Presse va interrompre la publication des Mémoires de M. Alexandre Dumas. »

[7] Création et Rédemption, roman promis à la Revue de Paris, ne verra le jour qu’en 1869.

[8] Hugo a sans doute remercié Dumas du long chapitre des Mémoires  consacré à Marion Delorme, publié dans La Presse, 22 octobre 1853 : ce chapitre d’éloges à Victor Hugo, exilé, pourrait être à l’origine de l’avertissement officieux.

[9] Le numéro spécimen paraît le 12 novembre.

 

[10] Le changement d’imprimeur, Émile Brière à Dubuisson, consécutif à cette vente, se fait le 20 novembre 1854.

[11] Xavier de Montépin s’était vu infliger trois mois d'emprisonnement et 500 francs d'amende pour ses Filles de plâtre.

[12] Cf. Le Mousquetaire, n°368, 29 novembre 1854, p. 2, col. 1-2.

[13] Le Mousquetaire, commence sa publication, imprimé par Brière, le 12 novembre 1853. Philibert Audebrand, Georges Bell et A. Desonnaz démissionnent le 28 octobre 1854.

[14] Jeanne, dite Isabelle Constant, née à Excideuil le 24 décembre 1835, fille d’un perruquier de la ville venu s’installer à Paris, débuta, après avoir reçu les leçons de Mlle George et de Samson, au Théâtre de Montmartre, avant de créer au Théâtre-Historique finissant Le Capitaine Lajonquière (23 septembre 1850), puis reprendre Le Capitaine Paul (12 octobre 1850); maîtresse et protégée de Dumas, elle joua dans des pièces de son amant, La Barrière de Clichy (Théâtre-National, 21 avril 1851) et Le Vampire (Ambigu, 20 décembre 1851), puis débuta à l’Odéon dans Andromaque (8 février 1852) avant de successivement passer à la Porte-Saint-Martin (Benvenuto Cellini, 1er avril 1852), au Théâtre de la Gaîté (1853), au Vaudeville , puis à l’Ambigu-Comique (1855-1856). Après avoir disparu de la scène, elle interpréta à partir du 8 septembre 1859, au Théâtre de la Porte-Saint-Jean, dans La Jeunesse de Louis XI de Jules Lacroix le rôle de Marguerite d’Ecosse, troublant un jeune spectateur, Anatole France (La Vie en fleurs). Zirza, comme la surnommait A. Dumas, semble avoir longtemps vécu loin de la scène, sans qu’on sache rien de la fin de sa vie (cf. Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Rondel, Rt 1926).

[15] Compte rendu d’Alfred Asseline : « Feuilleton dramatique. Diane de Lys (A. Dumas fils) », n°2, 21 novembre 1853.

[16] Compte rendu d’Asseline: « Opéra-Comique. L’Etoile du Nord (paroles de Scribe, musique de Meyerbeer) », n°91, 19 février 1854.

[17] Compte rendu d’Asseline: « Théâtre-Français, La Joie fait peur (D. de Girardin) », n°100, 28 février 1854.

[18] Première collaboration d’Aurélien Scholl au Mousquetaire : « Un poète d’il y a vingt ans », n°74, 2 février 1854.

[19] Henri de Lucay (Henri de Rochefort) donna deux articles au Mousquetaire : « Fantasmagorie. À Paul Bocage », n°73, 1er février 1854, et « Le Prix d’un cigare de contrebande », n°100, 28 février 1854.

[20] Victor Hugo, L’Année terrible.

 

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